Et si les débuts de Muḥammad avant l'Hégire étaient bien moins nets que ne le raconte la tradition classique ? Et si une part de ce que nous tenons pour acquis relevait surtout d'une reconstruction progressive, façonnée par les enjeux religieux et politiques des premiers siècles de l'islam ?
Ce livre propose une enquête critique et accessible sur la période la plus énigmatique de la vie du Prophète, de sa naissance à son départ pour Yathrib. L'auteur ne part pas d'une thèse à imposer: il rouvre les dossiers, compare les versions, mesure les écarts, et distingue ce qui relève du texte, de la mémoire et de la mise en récit. Pour cela, il croise systématiquement les grandes sources musulmanes (Coran, biographie prophétique, traditions) avec les premiers témoignages extérieurs disponibles (syriaques, arméniens, grecs et latins), afin de mieux comprendre ce que l'on peut établir, ce que l'on peut seulement supposer, et ce que la tradition a pu harmoniser ou amplifier.
L'ouvrage examine notamment des questions rarement abordées de front: le problème du nom (Muḥammad ou Qutham ?), la lignée et la descendance, certains éléments liés à l'état de santé, la nature des expériences visionnaires, ainsi que l'aire réelle de la prédication, entre La Mecque, al-Ṭāʾif et Yathrib, et peut-être au-delà. Il revisite aussi la genèse de scènes devenues fondatrices: récit de la première révélation, émigration en Abyssinie, formation progressive du système des cinq prières. Ces épisodes sont replacés dans le contexte plus large de l'Antiquité tardive, où circulent débats, traditions et imaginaires judéo-chrétiens qui ont pu influencer la manière de raconter, d'expliquer et de légitimer.
Sans polémique gratuite, mais sans complaisance, ce livre invite à distinguer, autant que possible, l'histoire des reconstructions pieuses. Il s'adresse à toute personne souhaitant comprendre comment, à partir d'un prédicateur arabe du VIIᵉ siècle, s'est peu à peu construit le portrait prophétique qui domine encore aujourd'hui l'imaginaire musulman, lecteurs non spécialistes, étudiants, enseignants, chercheurs et universitaires, croyants ou non.